Alexandre Lafon nous parle du colloque

Nous avons posé quelques questions à Alexandre Lafon, conseiller pédagogique et historique de la Mission du centenaire de la Première Guerre mondiale

Qu’attendez-vous du colloque Au cœur de la Grande Guerre. L’individu au croisement du civil et du militaire qui se tiendra du 26 au 28 octobre 2017 au Mons Memorial Museum?

Les commémorations sont l’occasion de penser collectivement notre histoire en s’appuyant sur les mémoires laissés par le conflit. Loin d’être uniquement centrées sur un passé détaché du présent, elles invitent à porter un regard sur une guerre qui pose encore des questions très contemporaines. L’une d’entre elle est bien celle qui lie la place des hommes dans le mécanisme guerrier : qui est le soldat exactement entre 1914 et 1918 ? comment se pense-t-il sous l’uniforme ou au front ? Comment les institutions civiles et militaires le pensent-elles ? Autant d’interrogations qui placent la définition sociale et politique de l’individu en pleine lumière : elles sont des questions toujours très contemporaines. Ainsi, le temps de la commémoration peut-il ne pas seulement être celui de l’hommage, mais bien de la recherche et de la réflexion politique et historique.

Cette thématique ne fait-elle pas, d’une certaine mesure, écho à vos travaux sur la camaraderie combattante ?

Le colloque de Mons entre effectivement en résonnance avec l’étude des liens de sociabilité et de solidarité des combattants de la Grande Guerre. La problématique de la camaraderie implique de s’intéresser à la manière dont les hommes se pensent dans la guerre. Elle a permis, entre autres, de comprendre ce qu’attendaient les soldats français de leur mobilisation dans le cadre de la conscription : une égalité rêvée qui s’est fracassée contre la réalité de la guerre et des différences de traitement des différentes catégories de soldats. L’originalité de la Grande Guerre est la prise de conscience par la « classe moyenne des tranchées » de la guerre moderne et de son rôle politique. Le soldat reste un civil sous l’uniforme dans les sociétés démocratiques. C’est une leçon de la Grande Guerre.

À la fois champ de bataille et espace occupé, la Belgique n’est-elle pas le pays idéal pour organiser un tel colloque ?

Traversée par les tranchées durant plus de quatre années, lieu de combat où se sont croisés des armées et des soldats venus de tous les continents, la Belgique, au cœur de l’Europe, s’emploie aujourd’hui à penser la diversité et la cohabitation entre nationalités. Elle semble un territoire de recherche, entre présent et passé, adéquat pour réfléchir à ces questions d’identité.

Quelle est la place des « jeunes chercheurs » dans l’historiographie actuelle de la Grande Guerre et, tout particulièrement, dans le cadre de ce centenaire ?

Le conseil scientifique de la Mission du Centenaire regroupe une quarantaine de chercheurs français et étrangers. Beaucoup d’entre eux, quarantenaires, sont des historiens bien ancrés dans les recherches actuelles sur la Grande Guerre. À travers des échanges universitaires promus par la Mission du Centenaire, entre la France, les États-Unis ou l’Allemagne, les commémorations du Centenaire participent à dynamiser les études et les rencontres historiennes. Le colloque de Mons, labellisé et soutenu par la Mission, s’inscrit dans cette dynamique qui fait du Centenaire à la fois un temps de bilan historiographique, mais aussi, un temps de productions novatrices sur un sujet qui reste encore, quoiqu’en en dise, source de questions légitimes.


What do you expect of the In the Heart of the Great War: the Individual at the Crossroads between the Civilian and Military Worlds conference that will take place from october 26th to 28th 2017 in Mons Memorial Museum?

Commemoration allows to collectively think about history and memory of World War One. Far from being related to a past disconnected from present, it invites to give a new look upon that war that is still very current. One question is the one that links these men to the inner mechanism of the war: who really is the soldier of the First World War? How does he understand himself while wearing a uniform and being brought to the trenches? How do the civilian and military organizations consider him? These questions are based upon the social and political aspects of the individual and really speak to ourselves. Commemoration is not only about paying tribute but also about scientific research, political and historical understanding.

Is it correct to affirm that the problematic of the conference is close to your study of World War One soldiers’ comradery?

Indeed, it echoes my on works that aim to understand the social and solidarity links that connect the poilus, in the French army of the First World War. Such a problematic forces to focus on the way men and women understood themselves during the war. My works, for example, allows to understand the expectations of the French soldiers that has been mobilized through the conscription principle: a dream of equality that has been painfully destroyed by the war and the differences between privates and officers. But What makes World War One so special is how this “middle class of the trenches” understood this modern war and its political role. Soldier remains a civilian under uniform in the democratic societies. This is one of the lessons we learn from the Great War.

During World War One, Belgium is a battlefield and, also, an occupied territory. Is this the ideal place to organize such a conference?

Of course! Crosses by trenches for more than 4 years, battlefield where several armies and soldiers from everywhere on earth has met each others, Belgium is not only the heart of Europe but intends to think diversity and cohabitation between different peoples. It seems ti be the perfect place to work on these questions.

What bring « young academics » to the current historiography of the First World War and especially during this centenary?

The scientific council of the First World War Centenary Mission is provided is composed of more than 40 french and international world class researchers. Many of them, aged around forty, are among the top academics that deal with World War One. Researchers from France, US, Great Britain or Germany can share and exchange around the commemorations and the different events ran by the Mission. This Mons conference, supported and co-funded by the First World War Centenary Mission, contributes to establish this centenary as a kind of historiographical synthesis so as to build the next researches

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